[Intro]

Loyer.
Crèche.
Le courant.
Courses.

Deux salaires.

Recommence.

[Verse]

Trois pièces au quatrième étage,
cinquante-huit mètres, aucun garage.
La fenêtre donne sur un mur,
mais l’annonce disait « belle ouverture ».

Mon salaire tombe le vingt-huit,
celui de Marc arrive le trois.
Entre les deux, chaque facture
choisit son jour mieux que nous parfois.

La crèche augmente en septembre,
le propriétaire parle d’indice.
Le frigo fait un bruit étrange,
nous prions qu’il survive jusqu’à décembre.

Notre fille dort dans la petite chambre,
ses dessins couvrent une fissure.
Je voudrais lui offrir un bureau,
je mesure d’abord le prix des chaussures.

[Pre-Chorus]

Additionne.
Soustrais.
Décale.
Report.

Le mois dure trente jours.
Le salaire vingt-quatre.

[Chorus]

Trois pièces, deux salaires,
et toujours moins d’air.
On travaille pour rester ici,
on reste ici pour travailler aussi.
Trois pièces, deux salaires —
dites-moi où commence une vie ordinaire.

[Verse]

On nous conseille de déménager,
« un peu plus loin, c’est moins cher ».
Plus loin ajoute deux voitures,
ou quatre-vingts minutes de trajet derrière.

On nous conseille d’épargner,
je ris en pliant les tickets.
On nous conseille de comparer,
comme si nous n’avions pas déjà comparé.

Dans le cahier posé à la mairie,
j’écris le montant exact du loyer.
Pas « difficulté de logement ».
Mille cent trente euros, charges comprises, en janvier.

Je note aussi les deux salaires,
la crèche, l’assurance, l’essence.
Je veux qu’une personne, quelque part,
voie la somme avant de parler de patience.

[Pre-Chorus]

Additionne.
Soustrais.
Décale.
Report.

Le tableau finit dans le rouge
sans que personne ait fait d’excès.

[Chorus]

Trois pièces, deux salaires,
et toujours moins d’air.
On travaille pour rester ici,
on reste ici pour travailler aussi.
Trois pièces, deux salaires —
dites-moi où commence une vie ordinaire.

[Instrumental Break]

[Bridge]

Je ne demande pas une terrasse,
ni une cuisine dessinée sur catalogue.
Je demande un lieu où une famille
ne soit pas une anomalie économique.

Je demande qu’un enfant puisse grandir
sans entendre chaque soir ses parents
parler à voix basse dans la cuisine
pour savoir quel prélèvement attend.

[Final Chorus]

Trois pièces, deux salaires,
et toujours moins d’air.
On travaille pour rester ici,
on reste ici pour travailler aussi.
Trois pièces, deux salaires —
dites-moi où commence une vie ordinaire.

[Outro]

Je ferme le classeur des factures.

Ma fille a dessiné
une maison avec six fenêtres.

Je n’en corrige aucune.
